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Thomas fonde l'église en Chine- Pierre Perrier & Xavier Walter

Thomas fonde l’église en Chine- Pierre Perrier & Xavier Walter

Histoire du Christianisme en Chine

publié par Invité, le jeudi 20 août 2009

Titre accrocheur que celui de ce livre, Thomas renvoyant bien sûr à l’apôtre saint Thomas, dont se réclament les églises établies en Inde depuis le Ier siècle.

Thomas fonde l’église en Chine- Pierre Perrier. Xavier Walter

L’opinion commune en effet parmi les historiens est que le christianisme, sous sa forme dite « nestorienne », est arrivé en Chine assez tardivement, en raison de son éloignement géographique de la Palestine, vers les V-VIème siècles. L’itinéraire emprunté aurait été la route terrestre de la soie, qu’avait déjà empruntée le bouddhisme au IIème siècle, originaire de l’Inde du nord : antériorité donc de la philosophie de Siddhârta Gautama sur la religion fondée par Jésus… Mais Pierre Perrier vient nous surprendre en affirmant que les chrétiens rencontrés en Chine par les légats papaux au moyen-âge n’avaient rien de nestorien : ils descendaient selon lui de communautés évangélisées en Chine dès 65-68 après J.C. par l’apôtre Thomas arrivé par la mer, apôtre dont on est sûr qu’il a été au moins jusqu’en Inde du sud.

Des missions ultérieures auraient ensuite entretenu régulièrement les liens avec l’église-mère, celle de l’empire parthe puis perse sassanide… Pierre Perrier pour cela s’appuie sur des relectures de faits artistiques, religieux et historiques bien attestés et traditionnellement vus comme concernant le bouddhisme. Citons, entre autres :

- une frise de personnages, découverte il y a quelques années sous la végétation qui l’avait recouverte, sculptée vers l’an 68 sur une falaise dominant la route conduisant à la capitale impériale, près de la mer de Chine.

- le songe en 65 de l’empereur Mingdi, qui vit apparaître devant son lit un homme grand et blond, avec une auréole de lumière autour de la tête, suite à quoi deux « moines » arrivèrent, par mer, d’Occident : Mingdi reconnut l’un des deux comme l’homme de son songe, et ces étrangers lui présentèrent alors l’enseignement de leur « Voie lumineuse ». 

- les noms de ces « moines », et de leurs successeurs, inexplicables sous leur transcription chinoise selon l’auteur par le sanskrit, au contraire d’une autre langue…

- l’existence en Chine d’une déesse bouddhique de la miséricorde, représentée en général avec dans les bras un enfant, inconnue dans le Bouddhisme originel.

- l’impossibilité pour le bouddhisme, arrivé en Chine par la route, terrestre, de la soie d’être parvenu dans l’Empire du Milieu au Ier siècle : l’itinéraire était fermé en raison des troubles politiques et militaires qui affectaient toute la région, ce qui ne sera plus le cas dans la deuxième moitié du IIème siècle, où des échanges officiels avec l’Inde du nord s’établiront...

Mon avis sur Thomas fonde l’église en Chine de Pierre Perrier et Xavier Walter

Thomas fonde l’église en Chine est un livre passionnant mais parfois un peu ardu et embrouillé. Dur dur en effet de se repérer dans l’onomastique chinoise et la toponymie, qui pour un lecteur européen de base sont… du chinois.

Par ailleurs, certains chapitres ont parfois tendance à se répéter, et les preuves avancées par l’auteur ne m’ont pas toujours paru aussi convaincantes que cela. Qui plus est, difficile de vérifier toutes ses affirmations lorsqu’on ne connaît pas l’araméen, le chinois, l’histoire de l’Asie à cette époque… 

Autre point : chrétien affiché, certains pourront peut-être être rebutés par ses tirades dithyrambiques sur l’Evangile et l’action du Saint-Esprit en Chine.

En tout cas, Pierre Perrier me paraît dans son enquête partir d’une certaine logique : si les douze apôtres s’étaient partagés des sphères d’influence où ils auraient la « gloire » de dispenser la Bonne Parole, il est logique que l’un d’eux, malgré la distance et les dangers, ait cherché à atteindre ce fabuleux royaume des « Sères ». On en connaissait en effet l’existence, même si on ne savait pas grand-chose de lui à l’époque, si ce n’est que la soie venait de là-bas, qu’il y existait dans des ports des communautés juives utilisant l’araméen, et qu’il était (déjà pour l’époque) fabuleusement peuplé.

Pour conclure, un bon moment malgré tout de lecture, qui nous fait découvrir un autre univers. S’y ajoute l’enivrement que procure le fait d’être associé à la découverte révolutionnaire d’une possible vérité, qui aurait été méconnue jusque là, et qui viendrait confirmer l’ancienneté du christianisme en Chine. Ce dernier dans ce cas-là ne serait plus seulement l’Empire des trois sagesses traditionnelles que sont taoïsme, confucianisme et bouddhisme mais aussi du christianisme, que Pierre Perrier regarde en Chine comme le « levain dans la pâte », discret mais aidant l’ensemble à grandir…Bref, la Chine peut dans ce cas-là s’enorgueillir d’accueillir en son sein une des plus vieilles églises du monde, pour sa plus grande gloire selon l’auteur.

A.T

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P.-S.

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