roman traduit du russe par Antonina Roubichou-Stretz
Editions des Syrtes
publié par Jean, le dimanche 1er août 2010
| Sélection naturelle de Alexandre Zviaguintsev Quel dommage que cet excellent roman n’aie pas été traduit en Français dès sa parution en 1999 ! La Russie décrite dans ce livre était alors criante de vérité et brulante d’actualité, mais la Russie change vite et l’effet de ce livre, même s’il reste fort, même s’il reste une très bonne lecture, est atténué par cette décennie passée. |
Avec une intrigue bien nouée, des personnages diversifiés et tous tout à fait crédibles, un enchainement des actions bien mené, que vous dire de plus, si ce n’est encore que la prose est belle est que c’est le genre de roman à vous tenir accroché tard dans la nuit ...
Mon seul regret à été la fin du roman, on a la désagréable impression qu’il manque encore une centaine de pages... enfin, si on en redemande, c’est plutôt bon signe !!
Personnellement, je m’en arrête là, pour céder la parole à une personne mieux placée encore pour vous chanter les louanges de "Sélection naturelle" ; il s’agit de feu-Vladimir Volkoff. Bon connaisseur de la Russie, de la littérature et des milieux de l’espionnage, il est le mieux placé pour nous parler de ce livre. Je vous laisse découvrir ses propres termes. Lisez aussi la présentation de l’éditeur qui est elle aussi excellente.
Qu’est-ce que la vraie littérature ?
Dans les milieux des lecteurs intellectuels prédomine l’idée que la vraie littérature doit être ennuyeuse : les écrivains n’ont pas pour but de distraire les lecteurs, les romans d’aventure et les policiers sont faits pour cela. Mais qui oserait dire que Dante ou Shakespeare sont des auteurs ennuyeux ?
Je suis convaincu, bien au contraire, que la vraie littérature est intéressante. Intéressante, tout d’abord par sa langue. Et celle du roman d’Alexandre Zviaguintsev est savoureuse, tantôt grossière, tantôt raffinée. Chez lui, non seulement les bandits ivres parlent l’argot qui leur est propre, les bouleaux, eux aussi, s’animent parce qu’il les dote d’un langage original.
Deuxièmement, la vraie littérature passionne le lecteur parce qu’elle lui offre une intrigue bien ficelée avec des énigmes, des péripéties inattendues et des enchaînements complexes de causes et de conséquences. On a envie de savoir non seulement ce qui va suivre, mais aussi ce qui a précédé. Alexandre Zviaguintsev parvient a construire son récit d’une manière si habile qu’il est impossible de deviner lequel de ses personnages est un véritable héros ou un fieffé salaud. Procédé qui suscite indéniablement la curiosité du lecteur.
A cet égard, il est étonnant de constater que l’interet du lecteur est tantôt déclenché par la description de faits et de sentiments bien connus, comme chez Tchékhov, et tantôt par des éléments imaginaires et caricaturaux comme chez Gogol. Or, chez Alexandre Zviaguintsev ces deux types de narration coexistent. son héros rentre au bercail après un long exil loin de la patrie où l’attendent beaucoup de surprises. car la russie se présente à lui sous des aspects tout à fait inattendus. C’est ce qui arrive au lecteur qui a lu Tchekhov et Gogol, mais qui ne connais pas du tout l’envers du décors, ces bas-fonds ou règnent les "héros de notre temps", habitués à tués et plus à l’aise derrière les barreaux qu’en liberté.
Mon interet pour la vraie littérature dépend de son diapason : je veux qu’il aille du plus grave au plus élevé. si elle ne décrit que le bonheur petit-bourgeois, je m’en lasse très vite. Mais si, comme dans le roman d’Alexandre Zviaguintsev, nous avons un héros harcelé par le diable qui aspire à trouver dieu, je commence à mieux apprécier. C’est à la fois l’enfer et le paradis que je trouve, et pas une terne purgatoire. Et, en ce domaine, l’auteur est digne d’éloges : la dimension verticale pénètre toute son œuvre où nous passons sans cesse du bien au mal et de l’incroyance à la foi.
A la fin, le diable y est même ... crucifié.
Vladimir Volkoff
Site des éditions des Syrtes
Roman d’espionnage et d’action, Sélection naturelle est une sorte d’inventaire sociologique de la Russie de la dernière décennie du XXe siècle. Brossant de nombreux destins qui s’entrecroisent de manière inattendue et étrange, Alexandre Zviaguintsev nous donne un tableau saisissant de la société russe, à contre-courant des peintures habituelles, trop souvent formatées, à une époque cruciale de réformes et de bouleversements. Skif- un " héros de notre temps " -, ancien officier de l’Armée rouge, est un homme qui a été à rude école. Après des errances guerrières à travers l’Afghanistan et la Serbie, il revient chez lui et affronte la sombre réalité de son pays après la chute du mur de Berlin. L’URSS n’existe plus, la Russie de Boris Eltsine lui a succédé, et la situation qui y règne en 1996 le surprend et le choque à chaque pas. Hommes politiques véreux et incapables, businessmen louches, trafiquants éhontés, mafias multiformes, la nation tout entière paraît saisie d’une frénésie de pouvoir et d’argent. Dans cet univers qui a perdu tout sens moral, la " sélection naturelle " ne respecte pas les lois de Darwin, car ce ne sont pas les plus forts qui survivent, mais les plus vils. Le pays semble prêt à sombrer dans le chaos. Acteur du monde judiciaire et fin connaisseur des milieux criminels, Alexandre Zviaguintsev est, depuis de nombreuses années, en relation directe avec des affaires retentissantes en Russie ; à travers des héros bien réels, le lecteur découvre un monde dans lequel s’affrontent deux forces : des clans aspirant au pouvoir par tous les moyens, bons ou mauvais, et des hommes s’efforçant de trouver leur voie sans transgresser les lois du bien et de la justice.
Ecrivain à succès, lauréat de nombreux prix littéraires et importante personnalité politique, Alexandre Zviaguintsev a débuté dans les années 1980 par des romans historiques. Outre Sélection naturelle, il a écrit Amant de la guerre, Café au sang, dont certains ont servi pour des scénarios de films.