Scènes de la vie napolitaine
publié par Claire, le lundi 11 mai 2009
| Le contraire de la mort, Roberto Saviano
Lorsque l’on a 30 ans et que l’on vit 24h/24h sous protection policière rapprochée, le gout de la liberté, du beau et du bien se fait plus vif. Avec la force de son expérience, Roberto Saviano raconte dans une langue simple, parfois prosaïque, "ils en savent que dalle" mais toujours lourde de vérité, un quotidien dévoré par la guerre et la Camorra. |
Ce qui est magnifique dans ces pages, c’est la direction vers laquelle Roberto Saviano veut nous orienter : la vie, l’espérance, l’amour. Il nous interroge sur notre propre conception de la vie, de l’amour, sur notre propre silence et notre inertie.
La jeune femme en deuil est éblouissante d’espérance. Comme une figure mystique elle donne vie à son amour perdu mais éternel. "L’amour est le contraire de la mort", Sergio Bruni le chantait dans sa chanson Carméla. Plus que la vie, l’amour défie la mort pour sortir de l’incompressible et vivre .
Dans la seconde nouvelle, le poids du silence et de la soumission se fait plus fort encore. Guiseppe et Vincenzo victimes innocentes "du village de la faute" emportent avec eux une tradition absurde et intolérable qu’aucune génération n’a réussi à entraver. "Le cliché du vieillard qui regrette le bon vieux temps s’effondre lamentablement ici". Une simple bague offerte à la va vite est un piètre bouclier mais une armure donnée avec une telle sincérité que seule l’intimité de l’auteur avec ce monde peut traduire.
Dans ce monde où la mafia napolitaine a pignon sur rue, fragilité, naïveté, violence se mêlent intimement sans que parfois le lecteur ne distingue la frontière. Comme la jeune fille du Nord ( de l’Italie ), le lecteur doit lire entre les lignes pour comprendre la violence sous-jacente permanente. Le charme napolitain est pour les touristes, la réalité est ailleurs. Le courage de Roberto Saviano est immense. Dans un univers où le silence est la meilleure assurance vie, il a choisi de parler .
Après le succès de Gomorra, Le contraire de la mortest, dans un tout autre style un texte que j’ai trouvé très émouvant, l’auteur maitrise l’art de la mise en scène et de la suggestion avec talent. L’amour est l’arme de résistance de ces hommes. Des nouvelles qui se lisent vite pour mieux les lire et les relire !
Voir la vidéo de Roberto Saviano à propos de son dernier livre : Le contraire de la mort
Ce livre réunit deux récits, situés dans le sud de l’Italie (Naples et ses alentours), deux textes qui se dressent contre la violence des hommes en général et celle de la mafia en particulier. Le premier, " Le Contraire de la mort ", raconte le deuil de Maria, une jeune fille de dix-sept ans, qui a vu partir son amoureux Gaetano pour l’Afghanistan, dont il ne reviendra pas. Au-delà de la dimension personnelle et historique, son histoire comporte une dimension mythique : la jeune fille, moderne Eurydice à l’inverse, dépasse tout pour retrouver Gaetano, et triomphe de la mort par son amour. L’autre récit, " La Bague ", fait le portrait de deux jeunes hommes, Giuseppe et Vincenzo, qui, parce qu’ils ont choisi d’exercer un vrai métier et refusent de faire le jeu de la camorra, vivent dans la misère. Une scène d’une violence terrible décrit les conditions absurdes et cruelles de leur assassinat. Mais cette histoire, un homme du Sud ne parviendra pas à la raconter à une femme du Nord venue enquêter sur leur mort. Son silence révèle le fossé qui les sépare, l’impossibilité qu’il a de lui faire comprendre ce qu’est réellement la mafia. Dans ces deux nouvelles, Saviano interroge la mémoire et le temps, la mort et l’amour, il évoque la confusion des sentiments, la quête d’une identité. Son écriture très réaliste, qui prend parfois la dimension du mythe, émeut profondément.
Né le 22 septembre 1979 à Naples, Roberto Saviano, Considéré comme l’un des écrivains contemporains majeurs, se lance dans le journalisme après des études de philosophie. Collaborateur de L’Espresso et de La Repubblica, il vit, depuis l’immense succès de Gomorra (Gallimard, 2007), sous protection policière permanente et a dû quitter Naples pour sa sécurité.