| Syngué Sabour de Atiq Rahimi Un roman écrit en français par un afghan, sur les injustices faites aux femmes. Un récit très court que l’on lit dans un seul souffle et qui ne laisse pas indifférent. |
Syngué sabour est la longue confession d’une femme. Une confession bien particulière puisque son mari est inconscient. Mais peu importe. Les mots s’enchainent à l’aide de phrases courtes, nominales et répétitives pour qu’enfin la magie de la "Pierre de patience" opère. Syngué sabour est un roman admirable et fort. Avec beaucoup d’audace Atiq Rahimi décrit, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam. Un huis clos puissant pour un hymne à la liberté.
En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse. Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera... Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.
L’Express a rencontré Atiq Rahimi. Lire l’article de l’Express
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Voir la vidéo produite pour le Figaro sur Atiq Rahimi " Le français : langue de la liberté "