Flammarion et Louvres éditions
publié par Jean, le samedi 11 septembre 2010
| Petit pan de mur jaune Une excellente idée : demander à des artistes qu’ils nous fassent entrer dans le monde de l’art, nous le fassent aimer et comprendre. Voici donc un panorama de la sensibilité artistique de 22 écrivains contemporains. |
La référence au petit pan de mur jaune du tableau de Vermeer dans l’oeuvre de Proust m’a rappelé très précisément comment à l’époque où j’ai lu le passage sur ce petit pan de mur jaune j’ai voulu découvrir le dit tableau avec la sensation d’avoir une clef pour mieux le découvrir.
Si la plupart des auteurs se sont prêtés au jeu, l’impression dominante est qu’un autre sujet aurait aussi bien convenu. Bien trop souvent nous avons l’impression que l’auteur a, pour la circonstance, recherché dans le Louvre un objet par défaut. Un objet à propos duquel il pourrait dire quelque chose. Un objet devant lequel il ne resterait pas muet.
Hé oui, à quelques exceptions prêt, l’envie de découvrir de mes propres yeux et sur place les oeuvres choisies et commentées ne m’a pas saisie !
Il y a quelques belles réussites, comme les textes de Dominique Barberis ou de Catherine Cusset, mais je suis resté assez imperméable aux séquences de dénigrement de l’art et à l’ironie plus ou moins mordante. Plus imperméable encore au platitudes et aux banalités.
Quand on ne sait ni parler des choses ni les faire parler il y a deux solutions : soit on choisi un autre thème,(les oeuvres d’art ne manquent pas au Louvre ! ) soit on considère que l’on est fermé à la notion d’art et de beau et l’on choisit raisonnablement de se taire !
Dernier point pour l’anecdote, à propos de la mise en forme : la typographie retenue est assez étonnante, voir déroutante : la couverture du livre fait plus penser à un comics américain des années 60 et 70 qu’à un livre des éditions du Louvre. Et cela revient à chaque début de chapitre !
Dans A la recherche du temps perdu, l’écrivain Bergotte redécouvre un de ses tableaux préférés, la Vue de Delft de Vermeer, grâce à la lecture d’un article : " Enfin il fut devant le Ver Meer [...] il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. [...] "C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune." " Comme foudroyé par le tableau, Bergotte fait l’expérience d’une révélation esthétique : l’oeuvre lui inspire une conception de l’écriture que le passage lui-même expérimente. Le musée du Louvre, en invitant vingt-deux auteurs à écrire sur une oeuvre de leur choix appartenant aux collections, provoque cette rencontre entre art et littérature, et nous convie à être témoins de ce mariage d’inspiration et de fascination. A l’exemple de Proust, chaque auteur a tenté de ciseler une écriture propre à évoquer 1’oeuvre choisie. Geneviève Brisas a rêvé sur le sort des Mendiants de Bruegel, Linda Lê a imaginé une Madeleine à la veilleuse de La Tour plus méditative que religieuse, Vassili Alexakis s’est moqué allègrement du Serment des Horaces de David, et François Reynaert du Christ de Greco. Gila Lustiger a assumé la sensualité de L’Odalisque de Boucher, Camille Laurens celle d’un torse antique et Christophe Donner s’est souvenu avoir été gardien de musée, passant des heures face au Chancelier Seguier. Cet ouvrage est un cheminement : l’oeuvre comme point de départ de la fiction, la fiction comme découverte renouvelée de l’oeuvre.