Editions Flammarion
publié par Jean, le lundi 10 novembre 2008
| Ecrites dans la belle langue française des Lumières, les mémoires de Joseph Boruwlaski, dont le métier était de plaire et de savoir tourner ses compliments avec élégance, nous font suivre ses voyages dans les différentes cours d’Europe. Pour une fois, les notes biographiques jointes au texte ne sont pas remplies de verbiage et de suffisance et nous permettent de vraiment mieux comprendre Joseph Boruwlaski |
Joseph Boruwlaski, au terme de sa carrière de nain de salon, à écrit ses mémoires dans le but de se procurer des revenus. Le texte est donc accommodé à la publicité de celui qui vivait alors en se donnant en spectacle. Il n’a pas la rigueur scientifique des biographies, ou auto-biographies, contemporaines.
Toutefois, il nous donne un éclairage inattendu sur la société aristocratique européenne de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle.
Le métier de Joseph Boruwlaski, nain de salon, c’est à dire, mélange amélioré de poupée et de singe savant, était de "plaire à monsieur et à madame".
Sa position ne lui permet donc pas de nous éclairer sur la manière dont sont traitées les affaires politiques, financières ou sociales. Par contre, Joseph Boruwlaski était un observateur bien placé de la vie des cours et des salons ; de cette élite de la haute société européenne de son époque ou tous se connaissaient, cousinaient et se rendaient visite d’une capitale à l’autre. (A part les liens de famille, les choses sont restées les même aujourd’hui)
Ces mémoires ont un mérite particulier : nous faire nous interroger sur notre société.
La société des lumières et sa manière d’utiliser le handicap de Joseph Boruwlaski nous renvoie comme un miroir à la place que nous faisons nous même au handicap dans nos sociétés.
Autant nous pouvons être choqués par l’exhibition qui à pu être celle du handicap de notre gentilhomme polonais, autant, nous voyons en contre-jour, ou en négatif, la manière que nous avons aujourd’hui d’escamoter le handicap. La dernière trouvaille du politiquement correct en ce domaine n’est-elle pas d’appeler les nains des "personnes en situation d’infériorité verticale" ?
Finalement, cette réédition complètement décalée tombe bien.
Au moment ou nos débats de sociétés tournent autour de l’ouverture à l’autre et de l’accueil de la différence, il est bon de se rappeler d’où vient notre société et que qu’on le veuille ou non, les différences ont toujours été une barrière entre les hommes. Prétendre vouloir les abolir malgré les évidences de la nature pourrait se révéler une dangereuse utopie.
Un témoignage qui peut parfois se révéler fastidieux mais ce petit livre de moins de 150 pages mérite quand même que l’on s’y arrête.