| Un témoignage poignant sur la vie des peuples opprimés par la dictature communiste, en Bulgarie, mais par extension dans tout le "Soc-Lager", le "Camp Socialiste". Une expérience traumatisante pour un peuple blessé au plus profond de lui-même et qui mettra encore de nombreuses années à s’en remettre.
Coup de coeur du roman historique |
Rouja Lazarova nous ouvre un pan de l’histoire de l’Europe. Une réalité que nous n’avons pas vécu. Que nous avons regardée de loin, sans trop croire ce que l’on en disait et surtout, sans chercher à savoir ce qui se passait réellement en Europe de l’Est, derrière le rideau de fer du communisme soviétique triomphant.
Ce témoignage, d’une grande douceur féminine, porte aussi une immense violence : celle du dégout, de l’écœurement pour un système et pour ses fruits pourris.
Cette violence du témoignage n’est qu’un écho de la violence qui a été faite au peuple Bulgare sous le régime communiste.
On pourrait craindre que 330 pages de violence et de dégout ne nous écœurent aussi, il n’en est rien. Mausolée, bien construit et bien écrit ; ce qui est admirable d’ailleurs pour un écrivain dont le français n’est pas la langue maternelle ; se renouvelle sans cesse.
Des souffrances de l’instauration d’un communisme victorieux, à l’administration par une bureaucratie tatillonne et figée par la terreur des dossiers, jusqu’à l’effondrement du régime communiste honnis et pourri sur ses bases. Il restera encore aux Bulgares à apprendre à vivre libre, à découvrir le monde occidental et surtout, à panser ses blessures.
Mausolée est un magnifique roman qui permet d’approcher le traumatisme de la Bulgarie et de tous les pays de l’Est. Rouja Lazarova est un auteur de grande envergure.
Mausolée doit être lu par tous ceux qui veulent comprendre et s’interroger, pour ne plus retomber dans les erreurs du passé, de la dictature où de l’aveuglement volontaire.
" La répétition était l’essence de ce régime, elle était partout. dans les histoires individuelles, dans l’uniforme, dans le rythme de la marche militaire que nous avons intégré dès notre plus jeune âge, dans la scansion des slogans... Mais la répétition la plus soigneusement orchestrée et entretenue finit par s’épuiser. Ma vie était une redite de celle de ma mère, une redite de mauvaise qualité. Lorsque, âgée de huit ans, je suis descendue pour la première fois dans les couloirs humides du Mausolée, la discipline était plus molle. J’étais certes impressionnée par cette dépouille dans son décor baroque. mais l’odeur de formol était devenue trop forte pour que l’on puisse encore croire au miracle du socialisme. "
Bulgarie 1944-1990. Un demi-siècle de communisme, de peurs et de trahisons, quand se taire devient le mot d’ordre de la survie. Gaby, sa fille Rada et sa petite-fille Milena survivent. Mais elles disent aussi leur haine du régime et rient de ses absurdités. En même temps que la peur, elles se transmettent le désir de révolte. Avec férocité. humour et tendresse. Rouja Lazarova raconte le totalitarisme à l’échelle des sans noms.
Née en Bulgarie communiste. Rouja Lazarova vit en France depuis 1991. Mausolée est son quatrième roman.