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| La lumière du monde- Joseph Ratzinger
Lecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald : Lumière des siècles contre siècle des lumières. |
Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II par un attentat. Les festivistes auront tout fait pour se débarrasser de Benoît XVI par la diffamation. Manque de bol, tout ce qu’ils auront tenté contre lui se sera, comme toute entreprise diabolique, retourné contre eux. Jamais un pape n’aura été en effet aussi présent dans le consortium et tout en étant aussi anti-consortium. Jamais un pape n’aura été si critiqué, c’est-à-dire si commenté, écouté, lu, et, c’est notre thèse, sourdement approuvé. Les faiseurs d’opinion répètent à qui mieux mieux que « l’opinion » est contre lui, mais il suffit que celui-ci rappelle, comme en août 2010, en pleine affaire Roms, que le devoir des cités est « d’accueillir les légitimes diversités humaines » (et dans un message en français, donc destiné à la France) pour que les pires gauchistes, qui la veille en étaient à formater de fausses preuves prouvant qu’il aurait participé à cinquante affaires du Coral en même temps, ou qu’il aurait un Mein Kampf caché dans son missel, en fassent quasiment un des leurs du jour au lendemain. Comme si on rêvait secrètement que ce pape honni rejoigne notre camp. Comme s’il s’était imposé dans l’inconscient collectif, et cela malgré la haine forcée qu’on lui porte, comme la figure tutélaire dont nous aurions besoin (1). Au fond, Benoît XVI incarnerait une sorte de sainteté fascinante à laquelle il apparaîtrait tellement difficile de s’élever qu’on préfèrerait faire semblant de la conspuer. Du coup, ce sont les traditionnalistes qui le trouvent brusquement trop progressiste ou trop faible et le traitent de malheureux pontife « cédant » aux contraintes du siècle, notamment sur la question obsédante du préservatif… Bref, la confusion est totale et le succès de Lumière du monde, son livre d’entretien avec Peter Seevald, best-seller autrement plus complexe et plus éveilleur que celui de Stéphane Hessel, prouve que « l’opinion », cette délinquante imprévisible, veut y voir clair.
Ce que ce pape aura enduré en cinq ans de pontificat, tout de même ! Pas une semaine sans que le monde ne veuille lui faire la peau ou lui reproche tout et son contraire (même porter le camauro l’a rendu suspect !). « Nazi », ou tout simplement « allemand », « nazi car allemand » (pauvre Alain Minc ! pauvres Guignols de l’info !), complice des pédophiles, sinon pédophile lui-même (hélas ! on eut beau mener les enquêtes les plus acharnées, on ne trouva rien qui aurait pu prouver qu’il aimait les films de gladiateur), véritable Palpatine pontife, tel apparaît encore ce pape à ceux qui ont de la merde dans les yeux, alors qu’il restera dans l’histoire comme le premier qui décida de s’attaquer aux dossiers qui fâchent (ce qu’avait soigneusement évité de faire son charismatique prédécesseur). Pape purgatif en quelque sorte, osant désinfecter son église des malades qu’elle contenait et hélas protégeait pour une bonne part. Pape préventif qui le premier se permit de parler nommément de préservatif, arguant que dans certains cas, il pouvait être le premier pas vers une humanisation de la sexualité, et soutenant par ailleurs sans aucune réserve la fameuse théorie ABC (Abstinence – Be faithful – Condom). Pape du Tiers Monde, aussi acclamé par les Africains qu’honni par les Européens - ces derniers révélant à cet égard leur racisme larvé, à force de répéter aux premiers, toujours à propos de l’inévitable latex, que c’était un « assassin » qu’ils recevaient chez eux, et qui au lieu de leur parler de prévention comme il aurait dû (« eh toi, homme noir, y en a mettre la capote si toi y en a pas vouloir attraper maladie ») allait au contraire leur parler d’amour, de paternité, d’humilité, d’esprit de vie, à travers la figure emblématique de Joseph accueillant Marie. Pape ami des Juifs (son premier acte en tant que souverain pontife fut d’écrire une lettre à la communauté juive de Rome), et traité d’antisémite seulement par des goys complexés ayant trop vu les émissions de Mordillat-Prieur. Pape réconciliateur qui remit au goût du jour le rituel tridentin (et alors ? sans latin, la messe nous emmerdait), soucieux de retisser les liens entre passé, présent et avenir, l’Eglise n’ayant pas commencé avec Vatican II, et du reste sans nier Vatican II. Pape professeur et conscient d’avoir été choisi par Dieu pour cette raison, chargé de redonner un peu plus d’esprit critique et de sensibilité au monde, de faire réapprendre les relations entre la raison et de la foi, l’Eros et l’Agapé, de redonner envie de redécouvrir en profondeur ce Jésus de Nazareth dans un essai éponyme, chef-d’œuvre théologique s’il en est. Pape hyper travailleur mais qui déteste l’activisme et l’agitation stérile et dont la devise est « à chaque jour suffit sa peine ». Pape politique, évidemment, et auteur de ce qui aurait dû devenir la seule vraie Constitution européenne – à savoir, ce discours incroyable d’intelligence, de culture et de finesse qu’il prononça au Collège des Bernardins le 12 septembre 2008 (et que l’on peut relire ou réécouter ici :
http://www.la-croix.com/documents/doc.jsp ?docId=2349572&rubId=1306
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