Norbert MALLET
Les éditions Persée
publié par Jean, le lundi 6 juin 2011
| Norbert Mallet s’adresse aux élus, à la fois signal d’alarme mais aussi acte d’espérance envers ceux qui comptent sur son suffrage. Pour nous éclairer sur sa vision de la gestion de la "chose publique", il a bien voulu répondre à nos questions sur la politique et ses hommes. Vous trouverez ci-dessous l’échange que nous avons eu avec lui. Norbert Mallet répond très directement à nos questions. Pour prolonger votre réflexion, voici une proposition intéressante pour vos lectures d’été. |
Vous pouvez vous procurer ce livre ICI
La République repose sur deux grand principes : la souveraineté populaire et la séparation des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) issus de cette souveraineté.
Or, la mise en œuvre de notre constitution, et ce depuis quasiment ses origines, tend à mettre de côté ces deux principes, en particulier le deuxième : la prédominance de l’exécutif, couplé à un législatif affaibli par le cumul des mandats et par un judiciaire dont la place constitutionnelle est floue aux yeux de beaucoup de nos concitoyens, rend la vie politique de notre pays peu lisible, voire peu efficace.
Ce livre, conçu comme une lettre ouverte d’un citoyen aux élus, analyse les différentes facettes de la vie politique de notre pays (la quête du pouvoir, le cumul des mandats, le pouvoir exécutif, la justice, la place de l’opposition, les réformes, les programmes électoraux, le dialogue social...) à partir des deux principes nommés ci-dessus, en proposant quelques pistes de solutions pour améliorer le fonctionnement de nos institutions.
Je pense qu’il y a dans votre analyse une fraîcheur démocratique
revigorante. J’estime en effet, pour ma part, que c’est une saine
inversion des réflexions habituelles que de partir du point de
vue du détenteur de la souveraineté qui se trouve aussi être le
bénéficiaire, et parfois la victime, de l’exercice des pouvoirs… et
ce que vous appelez ses « dérives ».
Gérard Larcher, Président du Sénat.
Lirémoi :L’analyse politique raisonne de manière théorique. La séparation des pouvoirs, la représentation populaire etc.. sont tenus pour des faits acquis dans un système qui fonctionne selon des règles écrites.
Or les systèmes deviennent ce que les hommes en font.
Ne croyez vous pas qu’il faut aujourd’hui sortir de nos théories pour en proposer des règles pragmatiques, qui prennent en compte la nature humaine et corruptible de ceux qui nous gouvernent ?
Norbert Mallet :C’est ce qui a été fait avec le vote des lois concernant le financement des partis : ces lois n’auraient pas été nécessaires avec une humanité « parfaite ». Mais il faudrait aller plus loin, en veillant à davantage d’équilibre entre les représentants du peuple qui les a élus. Si les parlementaires n’exerçaient que ce mandat, ils auraient sans doute plus de temps et de poids pour contrôler l’exécutif. De même, une instance comme la Cour des Comptes ne fait que constater des faits, sans pouvoir poursuivre, déferrer devant la justice. Elle pourrait avoir le droit se saisir un Procureur pour diligenter une enquête.
Quel que soient les règles générales, ce seront toujours les politiques qui feront de la politique à leur manière : c’est peut-être à une prise de conscience accrue de leurs responsabilités qu’il convient de travailler.
LM :Vous vous en prenez au cumul des mandats. N’est-il pas aussi une "assurance-chômage" des élus qui gagnent ainsi un peu d’indépendance, utile dans des choix politiques parfois dangereux pour leurs carrières ? (ex : un député qui s’oppose au chef de son parti le fera peut-être plus facilement s’il est par ailleurs maire ou conseiller régional).
NM : C’est possible, mais si c’est le cas, les conséquences sont néfastes pour le travail du législateur. Car la multiplicité des fonctions des élus les empêche d’avoir le recul suffisant pour réfléchir aux motivations de la loi, ses implications, ses conséquences.
Par ailleurs, le Parlement devant également évaluer les politiques publiques et contrôler le gouvernement, nous avons des députés incapables matériellement de remplir les exigences de leur mandat.
Certains élus conservent une activité professionnelle pendant leur mandat : cela leur permet d’être indépendants, et de rester un peu plus en prise avec la réalité du pays.
LM :On dit parfois qu’un homme politique agit dans « le long terme de son mandat » c’est à dire du très court terme à l’échelle de la nation.
Cela nous conduit à avoir une politique qui navigue a vue, en parant au plus pressé et en allant au plus facile, d’autant plus que ce phénomène est exacerbé par les alternances des partis.
Avez vous des solutions à cela ?
NM : Si on reste dans le cadre d’une République démocratique, la seule solution est d’avoir à la fois une idée forte de la nation, qui rassemble profondément les français et les politiques, par delà les querelles idéologiques, et d’avoir au Parlement une majorité et une minorité (et non une opposition) qui travaillent réellement ensemble pour le bien commun de la Nation, en recherchant les meilleures solutions aux problèmes qui se présentent. Mais actuellement, le conflit entre les partis fait ressembler une législature à une longue campagne électorale, où compte principalement le fait d’exister dans les médias. Et souvent, les responsables politiques réagissent dans l’immédiat à une actualité mondiale qui touche un moment les français, mais qu’ils ont ensuite tendance à oublier.
Une difficulté supplémentaire vient du fait que nous dépendons beaucoup de l’international pour notre vie nationale : une grande partie des lois votée au Parlement est une traduction des directives européennes.
LM :Aujourd’hui où dans chaque action on recherche la motivation de basse politique, est-il encore possible de faire adhérer à une réforme ?
NM : C’est un problème de méthode. Le débat sur une réforme tourne principalement autour des moyens et des solutions, et non autour de l’analyse du problème à traiter et de ses causes. Par exemple, par rapport aux retraites, chaque camp politique avait sa vision du problème, d’où découlaient des solutions. Mais si les partis acceptaient, sur une cause aussi cruciale, de partager en amont leurs analyses pour en tirer une synthèse riche et partagée, une telle réforme deviendrait une cause nationale, et non une foire d’empoigne.
Par ailleurs, les réformes sont souvent présentées comme des sacrifices à faire pour sauvegarder plus ou moins tel ou tel acquis. Mais c’est d’une réforme globale dont nous avons besoin, une de celle qui donne envie d’adhérer à un nouveau pacte social, et non d’un rafistolage de ce qui survit de moins en moins bien.
LM :Dans un monde en perpétuelle mutation, ou les concepts moraux sont de plus en plus flous et les contextes économiques mouvants, est-il possible de proposer un programme qui soit plus qu’une déclaration d’intentions ?
NM : Les programmes électoraux sont bien plus actuellement des catalogues de mesures que la vision claire d’une société à construire. Ces mesures sont bien souvent choisies pour rassembler le plus d’électeurs possible. Ce dont nous avons besoin, c’est de savoir sur quels principes de fond le candidat s’engage à décider des mesures à prendre. Actuellement, l’action des politiques est bien plus une réaction à des évènements qu’ils ne maitrisent pas qu’à la mise en place d’une nouvelle organisation en amont des problèmes.
La société de consommation telle qu’elle a été construite génère des crises contre lesquelles les gouvernements peinent à trouver la solution, on l’a vu avec la crise financière qui secoue le monde depuis plusieurs années.
Le rôle des politiques n’est pas de suivre le mouvement, mais de le créer : ils doivent impérativement le faire.
LM :Que pensez-vous de la sincérité des hommes politiques et les motivations de leur engagement ?
Par ailleurs, les personnes qui recherchent le pouvoir sont-elles les meilleures personnes pour l’exercer ? L’ambition personnelle est-elle compatible avec le bien commun ?
NM : Cela dépend tellement de chaque personne ! Il est impossible de savoir la réalité de leur sincérité. Beaucoup de motivations peuvent se croiser dans le destin d’un homme politique. La quête du pouvoir, tout en étant légitime jusqu’à un certain point, ne peut se faire au détriment d’une cohérence et d’une honnêteté de fond.
Dans l’histoire politique de notre pays, nous avons eu certainement beaucoup d’arrivistes, mais aussi de personnes profondément dévouées à la cause de l’intérêt général. Et ceci dans tous les régimes politiques.
La recherche du pouvoir n’est pas la garantie d’une compétence pour l’exercer : elle est le signe d’un ambition qui certes, peut être légitime, mais peut également révéler les faiblesses de celui qui brigue le pouvoir. Le but de la politique devrait être le bien commun, et l’ambition personnelle ne devrait être qu’un moyen au service de cette finalité. Le risque est d’inverser ces deux éléments : de faire de l’ambition la fin de tout, et le service du bien commun un moyen parmi d’autres. Mais si l’ambition personnelle se met au service du bien commun, les résultats peuvent être très positifs pour un pays.
LM :Quelle est la place des sondages dans les processus de décision politique ? Que devrait-elle être ?
NM : Le recours systématique aux sondages a comme conséquence de créer une forme de démocratie d’opinion et non d’élection. C’est oublier que le Président de la République et les députés sont élus pour 5 ans, sont choisis pour mettre en œuvre un programme. Ce ne sons pas les sondages qui font la politique d’une Nation, mais le courage de ses responsables dans la mise en œuvre des mesures nécessaires, qui sont parfois impopulaires.
LM :Quels sont les possibilité d’action des élus face au pouvoir des administrations en place, qui vont y rester plus longtemps qu’eux ?
NM : Cette question est fondamentale : effectivement, si le pouvoir politique ne prend pas les moyens adéquats, il est très difficile d’être le pendant efficace de l’administration.
Mais pour le moment, seul l’exécutif contrôle ou essaye de contrôler l’administration. Ce devrait être le rôle du Parlement. Car l’administration est le moyen d’action de l’exécutif, ce devrait donc être au pouvoir législatif de contrôler l’action de l’administration.
C’est d’autant plus vrai que notre pays est régi par environ 5000 lois votées au Parlement, mais par plus 600 000 décrets ou règlements produits par l’administration, et qui ont force de loi !
Le rôle du parlement dans son ensemble est également de contrôler cet exécutif administratif qui échappe pour une grande part aux politiques.
Je soutiens que la première réforme d’un gouvernement devrait être de ne réaliser aucune réforme nouvelle pendant un an, et de consacrer cette année à harmoniser ce corpus de lois, réformes, règlements divers, à en supprimer une bonne partie au titre de leur redondance ou de leurs contradictions. Cette simplification de la législation et de la réglementation permettrait à nos concitoyens de retrouver une grande liberté d’action et de création.
Enseignant en philosophie, adjoint de direction d’un établissement scolaire, puis cadre et formateur en entreprise, Norbert Mallet est depuis dix ans consultant en management et organisation des entreprises (www.mallet-conseil.net). La réflexion philosophique et son travail auprès des entreprises et collectivités territoriales lui a permis de développer une réflexion pratique sur le fonctionnement de la société. Sans entrer dans un débat sur les mérites respectifs de la droite ou de la gauche dans la conduite du pays, il développe ici une approche originale des institutions. En partant de la souveraineté que le peuple délègue aux personnes responsables des trois pouvoirs de la République (exécutif, législatif et judiciaire), il pointe du doigt les dysfonctionnements actuels et propose de nouvelles pistes de réflexion.