Editions Robert Laffont, collection Ailleurs et demain (science fiction)
publié par Jean, le mardi 16 décembre 2008
| Nous sommes aujourd’hui habitués au concept d’une réalité virtuelle, qui se modifierait selon notre volonté. C’est bien dans ce monde là, ou les notions d’espace et de temps ne sont que très relatives, que nous entraine Michel Jeury. Ce monde sans règles, ou plutôt, sans nos règles habituelles, c’est celui du temps incertain. La réalité n’y est que construction de notre imagination et de notre volonté. Un choc pour le lecteur de 1974, qui n’a rien perdu de sa valeur aujourd’hui : c’est ce que l’on appelle un grand classique de la science fiction. |
Les règles du Temps Incertain ne sont pas les nôtres, c’est d’ailleurs le propre du roman de science fiction : nous faire entrer dans un autre univers. Et il faut bien 80 pages sur les 260 du roman pour que le personnage principal, et nous avec, commencions à comprendre, petit à petit.
Le Temps Incertain commence donc par 80 pages durant lesquelles l’envie d’arrêter est, je l’avoue, très forte !! Cette action toujours répétée avec des variantes de plus en plus loufoques qui semble n’avoir aucun sens .... puis, finalement, avec de la patience et de la confiance en l’auteur, beaucoup de choses s’éclairent et on ne regrette pas sa lecture. Au contraire. Bien écrit, avec des concepts neufs et un monde virtuel solidement construit, le Temps Incertain procure un réel plaisir de lecture.
C’est un chef d’œuvre parmi les romans de science fiction, mais un chef d’œuvre moderne, qui ne se laisse apprécier qu’après un effort de patience et d’intelligence.
La Chronolyse, c’est inquiétant. Circuler à travers le temps, propulsé par une drogue dans l’esprit d’un autre, c’est même dangereux. Surtout pour un homme de 1966 qui plonge, sans l’avoir voulu, dans le temps incertain, alors même que l’exploration chronolytique n’est pas inventée.
Et quand, des fissures de l’avenir ou des possibles, commencent à surgir les séides inquiétants de Harry Krupp Hitler empereur de l’Indéterminé, quand la réalité quotidienne se dédouble et se contredit, on en vient vite à douter de sa raison.
La raison de qui ? La vôtre ou celle de Daniel Diersant, écartelé entre les injections contradictoires du docteur Holzbach, psychronaute, et des Pêcheurs de la Perte en Ruaba ?
Avec Le Temps incertain, qui a obtenu en 1974 le grand prix de l’Imaginaire, Michel Jeury a donné à la science-fiction française un roman singulier, fort, déconcertant, absolument original et qui cependant communique subtilement avec les mondes hallucinés d’un Philip K. Dick. Un grand classique.