| Comme le Prix Goncourt, le jury a choisi de récompenser un auteur de culture étrangère et de nationalité française. Écrit dans un français soigné et littéraire, nous assistons cette année à un vrai paradoxe. Nos auteurs "franco-français" ont délaissé la langue française et ses richesses pour une écriture plus moderne, un langage presque oral. Un choix risqué que les plus prestigieux jurys littéraires n’ont pas retenu. Une leçon pour les jeunes écrivains ? |

Tierno Monénembo, né en Guinée, a choisi l’exil dès 1969. Il a publié de nombreux romans au Seuil, depuis Les Crapaud Brousse qui l’a révélé en 1979, jusqu’à L’Aîné des orphelins (2000), Peuls (2004) et Le roi de Kahel (2008)
Au début des années 1880, Aimé Victor Olivier, que les Peuls appelleront Yémé et qui deviendra le vicomte de Sanderval, fonde le projet de conquérir à titre personnel le Fouta Djalon et d’y faire passer une ligne de chemin de fer. On a presque tout oublié de lui aujourd’hui : il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l’Afrique de l’Ouest, ses aventures faisaient le régal des gazettes de l’époque. Au cours de ses cinq voyages successifs, Sanderval parvient à gagner la confiance de l’almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qu’était le pays peul, qui lui donne le plateau de Kahel et l’autorise à battre monnaie à son effigie.
De ce personnage haut en couleurs, Tierno Monénembo nous offre une foisonnante biographie romancée. L’épopée solitaire d’un homme, Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume au nez et à la barbe de l’administration française… et des Anglais.