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Le désert de la grâce , Claude Pujade-Renaud

Le désert de la grâce , Claude Pujade-Renaud

Editions Actes Sud, Collection Babel

publié par Jean, le lundi 1er mars 2010

Port-Royal et la querelle des Jésuites face aux Jansénistes peuvent nous paraître bien lointains... et pourtant Claude Pujade-Renaud fait revivre et apparaitre les acteurs de ce drame d’il y a 300 ans d’une étonnante proximité.

Le désert de la grâce par Claude Pujade-Renaud

Au travers les acteurs impliqués dans cet épisode et sans se positionner sur la querelle, bien que nous ayons le point de vue quasi exclusif de Port-royal face aux Jésuites et au roi, Claude Pujade-Renaud fait revivre un siècle de Louis XIV passionnant et inaccoutumé.

Critique de : Le désert de la grâce

Plusieurs personnages se partagent le récit, quasi exclusivement des femmes et quasi exclusivement du coté de Port royal.
Un parti pris qui n’est pas une partialité. L’auteur ne s’avance pas dans les débats théologiques de l’époque. Elle donne plutôt le sentiment que la querelle n’était pas religieuse, mais plutôt politique, avec, comme bien souvent, une instrumentalisation de la religion.
Par contre les portraits des personnages sont très forts, le déchirement de Jean Racine, la stature de Mère Angélique Arnauld (tableau ci dessous) sont très vivants.

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Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal, Philippe de Champaigne, 1654, musée du Louvre

Il est d’ailleurs très émouvant de croiser Blaise Pascal, de le voir écrire les Provinciales à la sauvette, de voir la fille de Jean Racine rechercher qui a vraiment été son père, l’écrivain de génie de Iphigénie, le vil courtisan ou un homme de convictions, tourmenté.
Philippe de Champaigne, le peintre de Port-royal (cf portait ci-dessus), s’invite aussi dans le récit.

Un très beau récit, bien écrit, dans une langue actuelle mais respectueuse du langage qu’ont pu parler les protagonistes de ce roman historique.

Le désert de la grâce demande toutefois un niveau de lecture relativement élevé. Si Musso ou Amélie Nothomb vous paraissent être de la grande littérature, n’essayez pas le désert de la grâce, attendez plutôt la version en BD !

Un roman à forte connotation féminine, mais qui peut être lu par tous.
A recommander à tous les inconditionnels du XVII et XVIIIème siècle, à eux et aux autres !!

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Présentation de l’éditeur

Avec une très grande probité historique dans la fiction, le roman de Claude Pujade-Renaud fait revivre un lieu mythique de foi et de résistance au pouvoir temporel : Port-Royal-des Champs.

Janvier 1712. Alors qu’il chasse avec un ami dans les environs de Chevreuse, le médecin Claude Dodart est témoin d’un macabre spectacle. Sous escorte armée, des hommes de peine éventrent le cimetière de l’abbaye de Port-Royal-des Champs, entassent débris, charognes et ossements sur des charrettes qui prennent le chemin de la fosse commune de Saint-Lambert. Le roi Louis XIV (et l’opiniâtre ennemie de Port-Royal, Mme de Maintenon), ont donc permis que soit pourchassé jusque dans la mort un ordre injustement accusé de jansénisme. Claude Dodart relate ce sinistre épisode à Françoise de Joncoux. Surnommée “l’invisible”, elle est au centre de ces quelques amis de Port-Royal qui tentent de maintenir un lien épistolaire et spirituel entre les moniales dispersées ou exilées, de porter secours aux prisonniers et embastillés — prêtres ou laïcs qui, comme les plus célèbres Solitaires de Port-Royal (Blaise Pascal, Isaac Le Maistre de Sacy) ont adopté un mode de vie à l’écart du Siècle, opposant l’inviolabilité des consciences au pouvoir ecclésiastique et au dogme de l’infaillibilité papale, et se vouant à l’éducation, la traduction, l’écriture. Cette œuvre-là, Françoise de Joncoux s’emploie à la déchiffrer, recopier, préserver. Par delà cent ans de persécutions, elle ravive la flamme tenace de la transmission. Parmi ses proches : Claude Dodart dont le père lui-même fut médecin de l’abbaye. Et Marie-Catherine Racine, ancienne postulante, que son père força à quitter Port-Royal. Mais pourquoi Jean Racine, élevé par les Solitaires, devenu dramaturge puis homme de Cour et historiographe du roi, se fit-il inhumer à Port Royal ? Et que contient le fameux manuscrit qu’il aurait consacré, dit-on, à l’histoire de l’abbaye ? Toutes ces contradictions la hantent.

Œuvre de restauration de la mémoire et de l’esprit du lieu, le Désert de la grâce s’apparente en cela au roman historique, car sa documentation est d’une rigueur parfaite. L’auteur se garde bien d’en déduire une hasardeuse romance, ou d’en dramatiser les épisodes. Claude Pujade-Renaud met en effet en jeu une attentive probité de la fiction. Elle suit sur près de dix ans la quête de ses personnages, accompagne particulièrement Claude Dodart, Françoise de Joncoux, et surtout le cheminement de Marie-Catherine Racine qui, par delà l’introuvable Abrégé de l’histoire de Port-Royal de son père, tente de clarifier sa relation avec le disparu. Port-Royal, c’est aussi un étonnant entrelacs d’histoires familiales, l’aventure de tout un clan dont les femmes sont les principales figures. Pour en rendre compte et ainsi embrasser tout un siècle, Claude Pujade Renaud reprend le dispositif de son précédent roman historique, La Nuit la neige : l’axe principal du récit est étoffé par de nombreux chapitres où celles qui ont “fait” Port-Royal, (ou qui l’ont fréquenté de quelque façon, directement ou indirectement) prennent de façon diachronique la parole et apportent leur contribution à la réédification symbolique de l’abbaye dont la beauté les habite.

Evoquer Port-Royal, c’est croiser et parfois mettre en opposition des thèmes essentiels : religion, conscience, carrière, pouvoir temporel ou spirituel, chasteté, clôture, maternité, communauté, famille, solitude, philosophie, foi, écriture, oubli, transmission… De ce lieu de grâce, les persécutions ont voulu faire un désert. Mais elles en ont scellé par la destruction l’intangible magie. Le roman de Claude Pujade-Renaud en témoigne. Il offre à Port-Royal un mémorial aux dimensions de son mythe. Et devance peut-être sa reviviscence.

Biographie de l’auteur

Nouvelliste et romancière, Claude Pujade-Renaud a publié la quasi-totalité de son œuvre chez Actes Sud : Les Enfants des autres (1985 et Babel n° 699), Un si joli petit livre (1989 et Babel n° 389), Vous êtes toute seule ? (1991 et Babel n° 125), La Danse océane (Babel n° 234), Belle Mère (1994, Goncourt des lycéens, 55 000 exemplaires vendus, et Babel n° 246), Martha ou le Mensonge du mouvement (Babel n° 235), La Nuit la neige (1996, 30 000 exemplaires vendus, et Babel n° 322), Le Sas de l’absence (1997, Prix de l’écrit intime 1998, paru en Babel avec le récit La Ventriloque, n° 425), Platon était malade (1999 et Babel n° 547), Celles qui savaient (2000), Au lecteur précoce (2001 et Babel n° 600), Le Jardin forteresse (2003 et Babel n° 646) et Chers disparus (2004 et Babel n° 757).

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P.-S.

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