| C’est l’histoire très troublante d’une cohabitation à la fois souhaitée et redoutée entre une mère et sa fille. Un roman que l’on peut lire comme un miroir de notre propre capacité (ou incapacité ) à rendre l’autre heureux. L’écriture légère et précise de Magda Szabo ne tombe jamais dans la description superflue, et d’un sujet à priori dépourvu de suspense, elle fait passer le lecteur par tout un arc-en-ciel de sentiments. Un très bon moment de lecture. Coup de cœur Lirémoi |
Lire Magda Szabo c’est entrer dans l’univers intime et simple des hommes et des femmes. Pourtant nous sommes loin de l’écriture exhibitionniste qui peut caractériser la littérature contemporaine. Ici, la pudeur et la délicatesse sont les muses de l’auteur. Magda Szabo ne s’attarde jamais dans de longues descriptions des personnages.
L’environnement tient lieu de présentation. Les objets et les lieux semblent eux aussi magnifiés. Seule exception, la description des yeux. Bleus ou noirs, ils expriment tout ce que les mots ne peuvent dirent. Plus que jamais ils sont le reflet de l’âme dans un roman ou "dire" est infiniment plus difficile que "faire".
L’action de ce roman est réduite à sa plus simple expression. Il se passe peut de chose en apparence et dans ce presque rien, chaque personnage déploie toute son énergie à VIVRE. D’une telle banalité Magda Szabo réussit à nous toucher et nous transforme, nous le lecteur, en partie prenante de l’histoire.
Dans ce tour incroyable nous devenons les confidents de Mme Szöcs puis de sa fille. Seuls comme Iza et Mme Szöcs, nous entendons leurs pensées et mal à l’aise nous assistons impuissants aux efforts touchants de l’une et de l’autre. Alors au rythme lent de la vielle femme, nous franchissons les étapes jusqu’au retour de Mme Szöcs dans sa ville natale.
La ballade d’Iza est un roman magnifiquement construit. Et cela jusqu’à la fin qui aurait pu s’orienter vers une "happy end". ( Solution de facilité qui aurait entamée la force du roman ).
Alors félicitation pour ce bel exemple de littérature, c’est à dire un texte qui ne flatte pas le lecteur mais l’entraîne là où il ne pensait pas aller.
Dans sa maison de la Grande Plaine, Mme Szöcs attend qu’on vienne la chercher : son mari est en train de mourir. A l’hôpital, Vince ne la reconnaît pas, et sa dernière phrase est destinée à Iza, leur fille trop aimée. Une fois son père enterré, Iza emmène sa mère vivre avec elle dans on appartement de Budapest. Elle a tout décidé, fait le tri entre meubles et objets à garder et à abandonner, arrangé la chambre, sans demander à la vieille dame -qui pourra " enfin se reposer " -ni son avis ni ses envies. Peu à peu la fragile vieille dame se pétrifie de la non-existence qui lui est ainsi offerte, jusqu’au jour où elle décide de retourner dans son village...
Magda Szabo est considérée comme la grande dame des lettres hongroises. Traduite dans de nombreux pays, elle était peu connue en France avant que son roman, La Porte, obtienne le Prix Femina étranger 2003. Les Editions Viviane Hamy poursuivent leur travail de découverte de ce grand écrivain en donnant à lire une nouvelle traduction de son roman, La Ballade d’Iza.