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L'invention de la vérité, Marta Morazzoni (roman )

L’invention de la vérité, Marta Morazzoni (roman )

Traduit de l’italien, ed Actes Sud

publié par Claire, le lundi 8 juin 2009

Écrit dans une langue élégante, précise et très imagée ce roman raconte la création de la Tapisserie de Bayeux où pour reprendre le clin d’œil de Marta Morazzoni : l’invention d’une vérité !

L’invention de la vérité, Marta Morazzoni
L’histoire commence comme un conte de fée : "On raconte que Jadis, dans une cour mineure du Nord de la France des brodeuses expertes se rassemblèrent"

Critique de L’invention de la Vérité de Marta Morazzoni

tapisserie de Bayeux Par un jeu d’alternance régulière, deux histoires tressent le récit, à la fois unies et indépendantes, comme les fils de coton de la broderie. La première est celle d’Anne-Elisabeth, une jeune amiénoise, brodeuse très talentueuse appelée auprès de la reine. La seconde est celle de Ruskin, figure éclectique du XIX siècle victorien et fin connaisseur de l’art gothique, en visite à Amiens.
Ces deux histoires avancent au rythme à la fois hésitant et sûr des connaisseurs en un enchevêtrement subtil de la réalité et de la fiction. Les pas de Ruskin l’entrainent irrémédiablement vers "une rue, une maison qui lui plaisait particulièrement, un angle inattendu", que lui seul saisi comme une vibration unique et plus forte que la présence d’un être humain. Tandis que le travail de la brodeuse tisse jour après jour les lignes de l’histoire des hommes au XI siècle.

tapisserie de Bayeux romancéeSur une toile immense de 70 mètres en lin immaculé, les aiguilles s’animent dans les mains expérimentées des brodeuses. Anne-Elisabeth a rejoint les 300 brodeuses à qui la reine a fait appel pour réaliser cette œuvre, un projet dont l’ambition est d’être aussi digne que les statues et les tableaux des plus grands maitres. Cette œuvre, célèbre les conquêtes de l’époux de l’ouvrière royale : Guillaume le Conquérant. C’était en 1066. Le tracé rouge du dessin fait place aux riches couleurs de la mer, des navires et des hommes qui ont fait la conquête normande de l’Angleterre.

cathédrale d'amiensRéflexion sur l’exigence de la beauté et la valeur du travail, L’invention de la vérité nous ouvre les yeux sur des détails microscopiques et invisibles. Le soin apporté à chaque point, la science des couleurs et du mouvement interprétés par les fils de coton, la vie de chaque statue de la Cathédrale d’Amiens, le dialogue imperceptible des personnages sculptés dans la pierre. L’invention de la vérité est un roman de la lumière, l’indéchiffrable devient lisible, l’imperceptible compréhensible. Il y a dans ce cheminement d’Anne-Elisabeth et de Ruskin une approche très pédagogique de l’art. Une initiation à l’émotion. Comme une recherche acérée de la beauté à travers le travail des hommes.

la vierge doré d'amiensSans cesse des liens subtiles sont tissés entre la cathédrale d’Amiens et la tapisserie de Bayeux . Des correspondances symboliques qui trouvent leur justifications dans La Bible d’Amiens écrit par John Ruskin : "L’extérieur d’une cathédrale est semblable à l’envers d’une étoffe qui vous aide à comprendre comment les fils produisent le dessin tissé ou brodé du dessus".
La tapisserie de Bayeux reste encore une énigme pour les historiens et si elle fut une œuvre de propagande en son temps, elle reste une œuvre exceptionnelle inscrite depuis 2007 au registre Mémoire du monde par l’UNESCO.Une source véritable de réflexion et d’admiration que le roman de Marta Morazzoni traduit parfaitement.

- Vous pouvez découvrir la traduction de Marcel Proust de la Bible d’Amiens. Une nouvelle édition est disponible depuis 2007 aux éditions Bartillat :

La Bible d’Amiens de John Ruskin ; Préface, traduction et notes à Marcel Proust
La Bible d’Amiens, Stéphanie des Horts, Valeurs actuelles, 29 juin 2007

"Poète, peintre, critique d’art ,John Ruskin appréhende le monde comme une expression de Dieu. En 1885, il célèbre la cathédrale d’Amiens dans un essai étrange et inspiré où il définit sa conception de l’esthétisme. Maître ouvrage, élévation gothique, sorte de livre ouvert qui proclame pour les siècles la beauté et la grandeur de la religion catholique. Une cathédrale, quelle prétention des hommes ! Erigée à la force de leur vertu pour toucher la providence du Ciel... Marcel Proust ne pouvait que se retrouver dans cette incantation à l’incarnation du beau. Au début du XXe siècle, il préface, traduit et annote la pénétrante analyse de Ruskin. Cinq longues années d’un travail acharné et un commentaire personnel sur l’art et la création, une exaltation de ces infimes détails qui sont la raison même de l’œuvre. Comme une période d’apprentissage qui allait conduire Proust sur le chemin de sa propre recherche et sur la voie de la postérité."

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P.-S.

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