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Aristote au Mont Saint-Michel, par Sylvain Gouguenheim

Les racines grecques de l’Europe chrétienne

Aristote au Mont Saint-Michel, par Sylvain Gouguenheim

Editions du Seuil, Collection L’univers Historique

publié par Jean, le vendredi 5 mars 2010

Retour sur un livre qui a fait polémique il y a deux ans.
Etude de la thèse du livre et des raisons de cette polémique.

Aristote au Mont Saint-Michel par Sylvain Gouguenheim

C’est parce qu’il va au rebours d’une thèse communément acceptée et qui de plus s’accorde très bien avec une certaine idéologie ambiante que Sylvain Gouguenheim à provoqué le scandale.
Et il le provoque d’autant plus qu’il appuie sa propre thèse d’arguments solides et de références scientifiques et historiques bien étayées.
D’ailleurs, l’ensemble de son argumentation est logique, progressive et ordonnée, il n’avance rien qui ne puise être démontré. Même les disgressions d’ordre social et psychologique reposent sur des faits et des témoignages.
Alors pourquoi le scandale, plutôt que la remise en cause de l’ancienne théorie ?

Critique de Aristote au Mont Saint-Michel

Pour commencer, lisez la présentation de l’éditeur, qui éclaire très bien le contenu du livre.

Vous voyez bien ! L’esprit conformiste et actuel du dénigrement de soi (et de la culture occidentale en particulier), du culte d’une tolérance aveugle et de la vénération du métissage comme projet de société ne peuvent pas être conciliables avec la thèse selon laquelle l’Europe chrétienne ne doit quasiment rien au monde islamique !
Mais à ce stade, nous n’en sommes qu’aux a priori et donc à la réaction épidermique de ce que j’ai appelée "scandale" un peu plus haut.

Après nous avoir prouvé que l’Islam n’a pas transmis à l’Occident le savoir et la philosophie grecque, nous avoir montré au passage, que de ce savoir et de cette philosophie, l’Islam n’a retenu, en l’accommodant et en la détournant, qu’une faible partie. Faible partie lui était d’ailleurs parvenue principalement par les chrétiens arabes (de Syrie essentiellement).

Sylvain Gouguenheim enfonce encore le clou :
le Moyen-Age n’est pas une période sombre et obscure, mais au contraire une période d’intense vie culturelle et de développement social et économique en Occident.
Mais cela, Sylvain Gouguenheim n’est pas le premier à le montrer. Les travaux de Jacques Heers par exemple nous ont fait redécouvrir cette époque.

Au delà des observations factuelles, Sylvain Gouguenheim a le mérite de poser les questions suivantes : Quelles ont été les attitudes des civilisation héritières par rapport à l’héritage grec ? Et pourquoi ces différences ?

L’Islam qui a hérité du savoir grec, en partie par des conquêtes territoriales, n’a gardé de ce patrimoine qu’une faible part (scientifique et médicale en majorité). Le reste, incompatible avec la religion musulmane ou rendu vain par celle-ci puisque les question posées avaient déjà été résolues par l’Islam, a été abandonné et oublié. D’autant plus que venant de peuples conquis, ce patrimoine était forcément déconsidéré.

L’Occident n’a, quant à lui, jamais cesser de s’intéresser au savoir Grec. D’ailleurs la Bible a été écrite en grec et les chrétiens de Byzance faisaient partie de la civilisation occidentale.
L’Occident s’est toujours senti hériter de trois capitale : Rome (le droit), Jérusalem (la religion) et Athènes (le savoir et la philosophie).

Une des grandes explications que donne Sylvain Gouguenheim est aussi de savoir pourquoi l’héritage grec n’a pas été reçu partout de la même manière.
La thèse est la suivante : en Occident, le livre saint est la Bible. La Bible est inspirée par Dieu, mais écrite par des hommes dans des contextes historiques et sociaux déterminés. Elle demande à être travaillée et comprise avec un esprit critique pour pouvoir avancer dans la foi. La foi qui est d’ailleurs une conversion du cœur (donc non mesurable) plutôt qu’une conversion des actes.
L’Occident a donc toujours du apprendre, analyser, critiquer et éventuellement transformer avant de faire sien l’héritage qui lui est venu. Il ne s’en est d’ailleurs pas privé vis à vis du savoir grec.

En terre d’Islam, le livre saint est le Coran, livre incréé et parole de Dieu intangible. L’attitude critique est donc impossible. L’assimilation est soit le rejet lorsque l’héritage n’est pas "Coran-compatible" soit l’apprentissage tel quel, c’est à dire sans critique ni enrichissement, mais alors en classifiant l’apport extérieur comme un science de second ordre par rapport au droit et à l’étude de l’Islam.

Après avoir posé un tel décor, Sylvain Gouguenheim porte une violente estocade au dogme du métissage heureux : les deux attitudes, Occidentales et Islamiques sont incompatibles et impossibles à mélanger. Nous pouvons échanger entre nous mais pas nous fondre l’un dans l’autre.
Les valeurs des deux civilisations sont incompatibles, à moins d’oublier qui l’on est et d’où l’on vient, le métissage est donc impensable.
Voila largement de quoi faire hurler la bien-pensance occidentale actuelle !!

Une question de bon sens se pose encore : pourquoi admettons nous communément une thèse qui semble si fragile ? Pourquoi admettons nous l’apport de l’Islam à la culture Occidentale ?
Sylvain Gouguenheim y répond en utilisant un argument historique récent et délicat à manipuler.

J’ouvre un parenthèse : ( sur internet, il existe une loi selon laquelle plus une discussion se prolonge, plus la probabilité qu’elle se termine par un invocation aux "pages les plus sombres de notre histoire" ou au nazisme est forte. Cet argument de déstabilisation n’est bien souvent qu’une affirmation gratuite lorsque la personne ne sait pas défendre son opinion autrement que par l’insulte.)

Ici, Sylvain Gouguenheim a recours à un argument de ce genre. Mais l’avantage est qu’il l’explique et le met dans le bon contexte.
L’origine de la théorie selon laquelle le savoir grec est parvenu en Occident par l’Islam remonte à un livre paru en France en 1960 : "Le soleil d’Allah illumine le monde"
Ce livre a été écrit par l’orientaliste Allemande Sigrid Hunke.
Cet auteur éprouvait une grande répulsion pour tout le patrimoine occidental judéo-chrétien et croyait que seul l’Islam, son exact opposé, était capable d’avoir amené la civilisation en Occident. Elle a forgé ses thèses durant son engagement dans le parti nazi dans lequel cette intellectuelle allemande était très impliquée. Du coup, on comprend mieux son aversion pour la culture occidentale et judéo-chrétienne en particulier.

On comprend aussi mieux quelle a été la taille du pavé que Sylvain Gouguenheim à jeté dans la mare de la bien-pensance et du politiquement correct actuel !!
On comprend mieux les soubresauts et les réactions viscérales de ceux qui ont vu par ce livre s’effondrer toute un part de leurs certitudes ! Il est des paroles trop dures à entendre et l’on préfère parfois se réfugier dans l’ignorance de ces paroles... ou dans le mépris et la dénégation.
En fait de courage, on préfère plutôt féliciter celui de Sylvain Gouguenheim qui n’a pas craint d’ouvrir un débat houleux ainsi que celui des éditions du Seuil qui ont accepté de le publier.

D’un point de vue littéraire, évidement, ce n’est pas là un roman captivant qui se commence un soir et dont la lecture vous emporte tard dans la nuit !
C’est un ouvrage scientifique et donc plutôt rébarbatif à lire... (cela n’empêche pas de trouver des romans tout aussi rébarbatifs !) Le niveau de lecture et de compréhension est donc assez élevé et ce livre demande d’avoir acquis auparavant une culture historique et religieuse minimale.

Présentation de l’éditeur

On considère généralement que l’Occident a découvert le savoir grec au Moyen Âge, grâce aux traductions arabes. Sylvain Gouguenheim bat en brèche une telle idée en montrant que l’Europe a toujours maintenu ses contacts avec le monde grec. Le Mont-Saint-Michel, notamment, constitue le centre d’un actif travail de traduction des textes d’Aristote en particulier, dès le XIIe siècle. On découvre dans le même temps que, de l’autre côté de la Méditerranée, l’hellénisation du monde islamique, plus limitée que ce que l’on croit, fut surtout le fait des Arabes chrétiens. Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta en partie étranger à l’esprit grec. Ainsi, il apparaît que l’hellénisation de l’Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens eux-mêmes. Si le terme de "racines" a un sens pour les civilisations, les racines du monde européen sont donc grecques, celles du monde islamique ne le sont pas.

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Biographie de l’auteur

Professeur d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon, Sylvain Gouguenheim travaille actuellement sur l’histoire des croisades. Il a récemment publié Les Chevaliers teutoniques (Tallandier, 2008).

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P.-S.

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